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La Finlande va-t-elle acquérir des Rafale ?

La réponse courte est non : la Finlande a déjà choisi le F-35 américain pour renouveler sa flotte de combat, au terme du programme HX. Comprendre cette décision permet de distinguer un appel d’offres clos d’une éventuelle rumeur commerciale, et de mesurer ce qui devrait changer pour qu’un Rafale redevienne un jour une option crédible.

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La Finlande va-t-elle acquérir des Rafale ?

L'essentiel en 4 points

  • La Finlande a sélectionné 64 F-35A le 10 décembre 2021 pour remplacer ses F/A-18 Hornet ; le Rafale faisait partie des cinq candidats, mais n’a pas été retenu.
  • Le budget d’acquisition du programme HX est plafonné à 8,378 milliards d’euros : il couvre bien davantage que les avions, notamment les armements, la formation, les infrastructures et le soutien initial.
  • Les livraisons du F-35 doivent commencer en 2026 et le retrait des Hornet s’échelonner jusqu’en 2030. Cette transition rend l’achat parallèle de Rafale très improbable à court terme.
  • Un futur achat de Rafale n’est pas juridiquement impossible, mais il exigerait un nouveau besoin militaire, un nouveau financement et une décision politique explicite. Aucun programme finlandais de ce type n’est annoncé.

Non : le remplacement des Hornet est déjà attribué au F-35

La Finlande ne prépare pas l’acquisition de Rafale pour succéder à ses F/A-18C/D Hornet. Le programme de remplacement, nommé HX, a abouti à la sélection de 64 F-35A de Lockheed Martin le 10 décembre 2021, puis à la contractualisation de l’achat avec les États-Unis en 2022. Le Rafale de Dassault Aviation a bien été évalué, mais il appartenait à une compétition désormais terminée. À ce stade, aucune décision gouvernementale, ligne budgétaire ni procédure d’achat finlandaise ne prévoit une commande de Rafale.

64F-35A sélectionnés
8,378 Md€plafond du programme HX
2026début prévu des livraisons
2030fin de transition des Hornet

Le Rafale a concouru dans une compétition à cinq, sans être disqualifié

Le programme HX visait à maintenir une capacité de combat crédible dans un environnement exigeant : vaste territoire, conditions hivernales, emploi depuis des bases dispersées et proximité de la frontière russe. La Finlande a demandé à chaque industriel de proposer une solution complète autour de 64 appareils, pas un simple prix unitaire. Les autorités ont évalué la capacité militaire, le coût d’acquisition, les dépenses de cycle de vie, la sécurité d’approvisionnement et la coopération industrielle. Le F-35 a été jugé le plus adapté à l’ensemble de ces exigences sur la durée de service envisagée.

CandidatConstructeurFormat de l’offreIssue du programme
F-35ALockheed Martin64 avions et système completSélectionné en 2021
RafaleDassault Aviation64 avions et système completNon retenu
Eurofighter TyphoonConsortium européen64 avions et système completNon retenu
Gripen ESaab64 avions et système completNon retenu
F/A-18 Super HornetBoeing64 avions et système completNon retenu
Les cinq offres examinées dans le cadre du programme HX

La défaite du Rafale ne signifie donc pas que l’appareil ne pouvait pas opérer en Finlande, ni qu’il était techniquement inadapté. Dans ce type de marché, les évaluations opérationnelles détaillées restent largement confidentielles et le résultat ne se réduit pas à un classement public par avion. La Finlande a choisi un ensemble : appareil, armes, capteurs, intégration alliée, soutien, calendrier industriel et capacité d’évolution jusqu’aux décennies 2050-2060. C’est cette logique de système qui rend trompeuse toute comparaison limitée au seul prix catalogue d’un chasseur.

Ce que couvre réellement le budget finlandais

Le plafond de 8,378 milliards d’euros souvent associé au contrat ne correspond pas au seul prix des 64 cellules F-35. Un programme aérien de combat inclut les armements initiaux, les pièces de rechange, les moyens de mission, les simulateurs, la formation des équipages et techniciens, les infrastructures, l’intégration des systèmes nationaux ainsi que le soutien de démarrage. Comparer ce montant au prix annoncé d’un Rafale ou d’un autre avion hors armement et hors soutien conduirait à une conclusion erronée. Le coût pertinent est celui de la capacité disponible pendant plusieurs décennies.

PosteOrdre de grandeurCe qu’il financeCe qu’il ne dit pas
Programme HX8,378 Md€Acquisition et mise en serviceToutes les dépenses jusqu’en 2060
Flotte achetée64 F-35ARemplacement des HornetUne seconde flotte de chasse
Coopération industrielleAu moins 500 M€Travaux confiés en FinlandeUne réduction automatique du prix
Durée viséeJusqu’aux années 2060Évolutions de capacité prévuesLe coût exact des futurs modernisations
Les repères économiques du choix finlandais

Le calendrier rend une seconde commande peu réaliste avant 2030

Les Hornet finlandais, acquis dans les années 1990, doivent être retirés progressivement à mesure que le F-35 prend le relais. Le calendrier contractuel prévoit un début de livraison en 2026, avec une phase de formation et de montée en compétence avant la pleine prise de responsabilité opérationnelle par la nouvelle flotte. La planification vise une transition achevée autour de 2030. Durant cette période, l’effort financier, humain et technique des forces aériennes finlandaises est concentré sur le passage d’une flotte de quatrième génération à une flotte de cinquième génération.

  1. Distinguez la livraison de l’entrée en service. Un premier avion remis au client ne signifie pas qu’un escadron est immédiatement prêt à assurer l’alerte et les missions de guerre.
  2. Vérifiez le statut budgétaire. Une vraie intention d’achat apparaît dans une décision ministérielle, un projet de budget, une autorisation parlementaire ou une demande officielle au fournisseur.
  3. Contrôlez le besoin opérationnel. Une nouvelle flotte devrait répondre à un déficit documenté : attrition, hausse durable du format, mission nouvelle ou retrait anticipé d’un système existant.
  4. Évaluez le coût de transition. Il faut intégrer la formation, les infrastructures, les stocks, la maintenance et les armes, et non s’en tenir au nombre d’avions annoncé.

Pourquoi une flotte de Rafale supplémentaire n’a pas de logique immédiate

La Finlande a retenu un format de 64 F-35 précisément pour couvrir le remplacement de ses 64 Hornet. Acheter des Rafale en complément supposerait d’abord que ce format ne suffise plus, ou qu’une mission nouvelle justifie une seconde filière. Or les autorités n’ont annoncé ni augmentation du nombre total de chasseurs, ni déficit capacitaire que le F-35 ne pourrait combler. L’adhésion de la Finlande à l’OTAN, devenue effective en avril 2023, renforce l’interopérabilité avec les alliés mais ne crée pas, à elle seule, l’obligation d’acheter un second type d’avion.

Les deux stratégies qui seraient en présence

Concentrer la flotte sur le F-35

  • Une formation standardisée pour pilotes et mécaniciens.
  • Un stock de pièces et d’armes mutualisé pour 64 appareils.
  • Des coûts fixes mieux répartis sur la flotte entière.
  • Une trajectoire d’évolution unique déjà financée et planifiée.

Ajouter une flotte de Rafale

  • Une nouvelle chaîne de soutien à créer dès le premier avion.
  • Des infrastructures et simulateurs séparés à financer.
  • Deux doctrines d’emploi et qualifications à maintenir.
  • Une nouvelle autorisation politique et budgétaire indispensable.
  • Un achat de Rafale ne redeviendrait plausible qu’en cas de hausse officielle du format de combat au-delà des 64 F-35.
  • Une décision pourrait aussi être envisagée après des pertes exceptionnelles, une révision profonde de la menace ou l’apparition d’une mission non couverte par la flotte existante.
  • Même dans ces scénarios, la Finlande pourrait comparer à nouveau plusieurs solutions : Rafale, F-35 additionnels, drones de combat, capacités de défense sol-air ou prolongation d’autres moyens alliés.

Ce que le choix finlandais dit de la stratégie industrielle et géopolitique

La décision finlandaise ne traduit pas une préférence automatique pour les fournisseurs américains, ni une mise à l’écart politique de la France. Elle résulte d’une procédure nationale structurée autour de critères annoncés à l’avance. Il n’existait pas de pression de l’Union européenne imposant l’Eurofighter, contrairement à une idée parfois avancée : la politique d’acquisition de défense restait de la compétence d’Helsinki. L’adhésion à l’OTAN a modifié le cadre de coopération militaire de la Finlande, mais elle ne dicte pas le choix d’un avion précis.

Dans un marché de défense, le contrat porte moins sur un avion isolé que sur la capacité du pays à le faire voler, armer, maintenir et moderniser pendant quarante ans.

Pour Dassault Aviation, l’épisode finlandais constitue donc un échec commercial sur un appel d’offres précis, et non la preuve d’une porte définitivement fermée dans l’ensemble de l’Europe du Nord. Pour la Finlande, l’enjeu est désormais d’exécuter le programme retenu : sécuriser les approvisionnements, former les personnels, faire travailler l’industrie nationale et assurer la disponibilité des appareils dans le climat et le dispositif de dispersion finlandais. C’est sur ces indicateurs d’exécution, davantage que sur les anciennes offres concurrentes, que se jouera la crédibilité de la décision HX.

Ce qu'il faut retenir

La Finlande ne va pas acquérir de Rafale dans le cadre du renouvellement de sa chasse : cette décision a été prise au profit de 64 F-35A. La question pertinente n’est donc plus de savoir quel avion gagnera le programme HX, mais si un nouveau besoin militaire et un financement additionnel émergeront un jour. En l’absence de ces deux conditions, le scénario d’une commande finlandaise de Rafale reste spéculatif.

Questions fréquentes

Pourquoi la Finlande n’a-t-elle pas choisi le Rafale ?

La Finlande a comparé le Rafale à quatre autres offres dans le programme HX et a conclu que le F-35 répondait le mieux à son évaluation globale. La décision ne reposait pas sur un unique critère de performance ou de prix. Elle combinait capacité militaire, sécurité d’approvisionnement, coûts sur la durée, coopération industrielle et perspectives d’évolution de la flotte jusqu’aux années 2060.

Combien de F-35 la Finlande a-t-elle commandés ?

La Finlande a commandé 64 F-35A, soit un format équivalent à celui de la flotte de Hornet qu’ils remplacent. Le contrat relève du programme HX, décidé en décembre 2021 puis formalisé en 2022. Ces appareils ne constituent pas une commande d’appoint : ils forment le cœur du futur dispositif finlandais d’aviation de combat.

Les F/A-18 Hornet finlandais sont-ils déjà retirés ?

Non. Le retrait est progressif afin d’éviter une rupture de capacité aérienne. Les livraisons de F-35 doivent commencer en 2026, puis les équipages et les unités montent en puissance par étapes. La transition est programmée jusqu’autour de 2030. Pendant cette période, les Hornet restent nécessaires pour garantir les missions de surveillance, d’entraînement et de défense aérienne.

La Finlande pourrait-elle acheter des Rafale plus tard ?

C’est techniquement possible, mais rien ne l’annonce aujourd’hui. Il faudrait un besoin militaire supplémentaire clairement identifié, un budget spécifique et une nouvelle procédure d’acquisition. Une telle décision devrait aussi justifier le coût d’une deuxième chaîne de maintenance, de formation et d’armement. À court terme, l’effort finlandais est consacré à l’entrée en service des 64 F-35 commandés.

Le Rafale était-il moins performant que le F-35 ?

Il serait abusif de réduire la décision à cette formule. Le Rafale est un avion de combat multirôle éprouvé, mais la Finlande n’a pas publié une hiérarchie exhaustive et déclassifiée de toutes les performances des candidats. Elle a retenu le F-35 pour l’adéquation de son offre complète à son scénario national, à ses contraintes de soutien et à sa trajectoire capacitaire de long terme.

L’entrée de la Finlande dans l’OTAN impose-t-elle l’achat du F-35 ?

Non. L’OTAN ne prescrit pas un modèle d’avion de combat à ses membres. Plusieurs armées alliées utilisent des flottes différentes, dont le Rafale, l’Eurofighter, le Gripen ou le F-35. La Finlande a sélectionné le F-35 avant de devenir membre de l’Alliance, en avril 2023. Son adhésion facilite l’interopérabilité, mais ne transforme pas cette décision nationale en obligation de l’OTAN.

Le budget de 8,378 milliards d’euros correspond-il au prix des avions ?

Pas uniquement. Ce plafond couvre un système de combat complet : avions, armements, formation, pièces de rechange, équipements de soutien, moyens de simulation, infrastructures et intégrations nécessaires au démarrage. Il ne faut pas le confondre avec le coût de possession sur toute la durée de vie. Les dépenses d’exploitation, de personnel et de modernisation future se poursuivront bien au-delà de l’acquisition initiale.

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